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Editorial


Disparition d'une plume éclairée

 "Je dirai malgré tout que cette vie fut belle" a-t-il écrit. Comme toujours, il a eu raison. 

Cette semaine, Jean d'Ormesson nous a quittés. Il avait 92 ans. 
Ainsi, l'écrivain, journaliste, chroniqueur, philosophe, et doyen de l'Académie française qu'il était, aura marqué son époque de son optimisme singulier.
De son nom complet Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d'Ormesson, il reçut en 1971 son premier prix littéraire, le Grand prix du roman de l'Académie française avec La gloire de l'empire.

Deux ans plus tard, il rejoindra les Immortels, devenant le plus jeune d'entre eux à seulement 48 ans. 
Aussi, Jean d'Ormesson bousculera-t-il l'histoire de l'Académie, en réussissant au cours de l'année 1980, à y faire rentrer la première femme : Marguerite Yourcenar. 
"Jean d'O" comme on le surnommait,  a également été directeur général du Figaro. Il s'est même essayé au cinéma dans Les Saveurs du Palais en 2012. 
En 2015, il voit plusieurs de ses ouvrages être édités dans la prestigieuse collection de La Pléiade. Une consécration. Alors oui, assurément, sa vie fut belle.
Or en pratique, et c'est bien évidemment cette facette de sa personnalité qui est la plus intéressante, Jean d'Ormesson était surtout un homme convaincu de la nécessité du plaisir.
Petit, sa maman ne cessait de lui répéter : "Ne te fais pas remarquer, surtout ne parle pas de toi". 
C'est précisément en optant pour la voie contraire, celle de l'écriture, de l'introspection et de la sublimation littéraire, que Jean d'Ormesson s'est révélé...
Séducteur pétillant, son appétit de vivre était communicatif. Toujours souriant, souvent vibrant d'émotion, l'effervescente lueur de ses yeux clairs nous incitait à opter pour la permanente tentation du bonheur. 
Sur les plateaux de télévision, c'était aussi "un bon client".
Invité dans les talk-shows à succès (chez Marc-Olivier Fogiel, Laurent Ruquier mais notamment chez Thierry Ardisson), il livrait face caméra une admirable sensation d'aboutissement, d'élaboration intellectuelle et personnelle accomplie, de plénitude infaillible.
Et pour cause, Jean d'Ormesson parvenait à merveille à masquer ses drames et ses chagrins, à dépasser ses déceptions, à enfouir son amertume face à la société décadente qu'il déplorait constater. 
"Ne prendre que le meilleur, s'amuser en toutes circonstances" telle était sa philosophie, dont nous ferions bien de nous inspirer, lui qui incarnait si impeccablement les valeurs de l'esprit français... 
Une certaine idée du plaisir d'être libre, essentielle jouissance cérébrale qui sublimait sa mélancolie, son obsession du temps qui passe, et les angoissantes questions existentielles auxquelles son esprit a aujourd'hui réponse.
"Je dirai malgré tout que cette vie fut belle" a-t-il écrit. Ce fut certainement le cas.  
Amoureux des mots, de l'impertinence et de la frivolité qu'il était, nous ne pouvons que rendre hommage au grand homme éclairé qu'il fut. 
Un épicurien exemplaire à bien des égards...


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