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Emploi : "On freine la décroissance"


  • Dans la construction (-0,2%) comme dans l'industrie (-0,1%), l'emploi salarié se replie ce trimestre, après un quatrième trimestre 2017 encourageant ( 0,3%), pour chacun des deux secteurs.
Après l'embellie de fin d'année, l'emploi salarié total s'est stabilisé en Bourgogne Franche-Comté lors du premier trimestre 2018, alors qu'il augmente de 0,2 % au niveau national.

C'était "une première en France" qui était initiée mardi dernier sur les deux sites des Urssaf de Bourgogne et de Franche-Comté, par le biais de cette publication commune portant sur l'emploi salarié total, publication opérée conjointement par l'Insee, la Direccte et l'Urssaf.

"Nous sommes passés d'une logique d'addition à une co-production coordonnée des statistiques" soulignait avec une fierté légitime, Anne Barralis, directrice de l'Ursaaf de Franche-Comté.

Grâce à ce partage de la production des données, les trois organismes ont ainsi cumulé les données de l'emploi salarié privé, de l'emploi intérimaire et de l'emploi public pour parvenir à présenter des statistiques locales répondant à la situation globale de l'emploi régional.

De cette photographie conjoncturelle, plusieurs tendances se dégagent.

 

800 emplois publics supprimés, notamment des contrats aidés...

 

Après l'embellie de fin d'année, l'emploi salarié total s'est stabilisé en Bourgogne Franche-Comté lors du premier trimestre 2018, alors qu'il augmente de 0,2 % au niveau national.

Dans notre région comptant 975 900 salariés, les deux composantes de l'emploi agissent en sens contraire. Dans la fonction publique, l'emploi salarié poursuit son repli, mais à un rythme plus soutenu qu'au trimestre précédent : 800 emplois sont supprimés (notamment des contrats aidés), soit une baisse de 0,4%.

Dans le privé, il progresse encore de 0,1% mais moins qu'au trimestre précédent.

Pour comparaison, au niveau national, l'emploi salarié reste stable dans la fonction publique et sa progression est plus prononcée dans le secteur privé (+0,2%).

Sur un an, l'emploi salarié est à la hausse, dans la région comme au niveau national. Toutefois, la progression est sensiblement moindre en Bourgogne France-Comté (+0,5%) qu'en France (+1,2%).

Cet écart de croissance est dû tant à la baisse plus prononcée de l'emploi salarié public dans la région (-0,9% contre "seulement" -0,2% en France) qu'à la moindre hausse de l'emploi salarié privé (+1% en BFC contre +1,6% en France).

 

+16 % sur un an dans l'intérim !

 

A court terme, le recours au travail intérimaire se tasse. Il diminue de 0,5% sur un trimestre dans la région, après la forte hausse du trimestre précédent. Il augmente encore en France de 0,5% mais à un rythme moindre.

Sur un an toutefois, l'intérim porte la majorité des créations nettes d'emploi dans la région. Et sa progression de 16 % est bien supérieure à celle du niveau national (+12%).

Dans la construction (-0,2%) comme dans l'industrie (-0,1%), l'emploi salarié se replie ce trimestre, après un quatrième trimestre 2017 encourageant (+0,3%), pour chacun des deux secteurs.

Dans l'industrie cette baisse affecte particulièrement la fabrication de matériels de transport.

Au niveau national, la progression de l'emploi salarié se tasse : l'emploi se stabilise dans l'industrie et la hausse dans la construction est moindre que celle du trimestre précédent.

Sur un an, l'emploi salarié dans la construction est quasi stable en Bourgogne Franche-Comté, contrairement au niveau national, où il progresse de 1,9 %. Dans l'industrie il baisse de 0,2% alors qu'il augmente de 0,2% en France.

Les gains d'emploi salariés dans les services marchands hors intérim compensent les suppressions dans l'industrie et la construction.

La progression de l'emploi dans les services marchands s'infléchit toutefois à 0,1% contre 0,4% au quatrième trimestre. Un tassement qui n'est pas propre à la région, car aussi observé au niveau national.

Dans la région, deux secteurs portent la hausse de l'emploi salarié, les services aux entreprises hors intérim (+0,7%), et l'hébergement-restauration (+0,4%).

 

Derrière les chiffres, une réalité sociétale effarante

 

"Les statistiques, c'est comme le bikini : ça donne des idées, mais ça cache l'essentiel" disait Coluche.

C'est justement dans cette optique, d'aller droit au but, que les discussions annexes à cette présentation ont livré bon nombre de remarques pertinentes et d'enseignements factuels.

"Le dynamisme de la reprise s'est tassé. Il est désormais plus compliqué, plus long de recruter des profils qui conviennent. L'intérim choisi prend le pas sur l'intérim subi. Il est devenu difficile de garder des gens. Il faut que les recruteurs composent avec ces nouveaux comportements (fluctuants) des travailleurs..." observe Jean Ribeil, directeur de la Direccte.

L'occasion aussi d'évoquer les problématiques de qualification, de mobilité, de ponctualité ou de savoir-être, comme principales explications à la tension que connaissent quelques métiers qui ne parviennent pas à recruter, alors qu'il y a pourtant des millions de chômeurs sur le marché du travail...

"Les jeunes sont aujourd'hui principalement attachés à leur qualité de vie. Ils souhaitent bénéficier de bonnes conditions de travail, d'horaires de bureau, et d'un salaire interessant. Voilà pourquoi il faut mettre du pré-emploi en fin de scolarité. Faire rentrer l'école dans l'entreprise. Un genre de sas, de passage en douceur, entre l'école et le marché du travail. Une manière de faire comprendre progressivement que dans l'entreprise, il y a des règles à respecter, et d'autres exigences à satisfaire" conclut Anne Barralis.

Ainsi, de nouvelles tendances sociétales sont donc en train de pendre le pas sur "une certaine idée de la culture de l'entreprise" devenue aujourd'hui obsolète.

De notables évolutions comportementales du marché du travail, avec lequelles les recruteurs doivent aujourd'hui impérativement composer. Visiblement, pas toujours facilement...

 

 


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