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Face à face avec... Pascal Minguet

  • Pascal Minguet
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Rencontre avec le très médiatique expert en numérique qui soulève une fâcheuse problématique : y a-t-il un pilote du haut débit en Franche-Comté et dans le Jura ?

Pascal Minguet, vous êtes expert en technologies numériques, l'inauguration du réseau d'initiative publique très haut débit (fibre optique) s'est déroulée ce vendredi 8 à Champagne-sur-loue. Que vous inspire cet événement ? 

Ce scandale, où l'opérateur historique déploie son propre réseau en plus du réseau existant, montre bien l'amateurisme de l'ensemble des parties prenantes, opérateurs inclus, en matière de très haut débit dans la Région et le Département et, plus généralement, en  France.  A chaque niveau, chacun avance sans concertation réelle, on prend les habitants pour des sous-développés du numérique alors que ce sont eux qui au final s'abonneront. Les « conseillers » et autres officines qui raisonnent sur des statistiques et engagent le département sur des voies de garage sont eux aussi responsables de ce désastre. Il faut donc fédérer à tous les niveaux, optimiser les ressources et éviter le gaspillage que l'on a connu avec Connectic 39. Mettons autour de la table des représentants de la population, de l'agglomération, du Conseil général, de la Région, du Sidec et des opérateurs et avançons rapidement. Sinon, nos communes rurales seront d'ici quelques années des mouroirs. Le sujet principal des prochains scrutins sera évidemment : le très haut débit pour quand ?  

Dans le Jura, la fracture numérique sévit toujours et encore. Une problématique fâcheuse pour bon nombre... Depuis plusieurs années beaucoup ont l'impression que rien ne bouge vraiment. Confirmez-vous cet état de fait ? 

On régresse même, puisque depuis la liquidation de Connectic 39, les abonnés WiMax (rustine à 2 Mbps, mais qui permet tout de même de se connecter en attendant la fibre) risquent de voir leur liaison coupée d'un jour à l'autre. Nous n'obtenons aucune réponse à nos interrogations (qui gère le réseau, quel avenir, et après le WiMax ?), c'est à se demander s'il y a un pilote du haut débit en Franche-Comté et dans le Jura ?  

Pendant ce temps-là, à Dole on a fibré des bâtiments communaux ! Vers Biarne des fibres ont été tirées à 1 km du centre du village, sans qu'un responsable ne se dise : « la trancheuse est là, il suffit de faire 1 km de plus et le sous-répartiteur serait alors raccordé à la fibre et les abonnés pourraient bénéficier de 20 Mbps chez eux en quelques semaines. Les habitants des villages voient le prix de leur maison chuter de 20 à 30 % faute d'un Internet haut débit ! Le collectif que nous avons créé il y a 5 ans va reprendre des actions et se tient à disposition des « responsables » pour trouver des solutions efficaces et rapides à ce gouffre numérique dans lequel nous avons été précipités ! 

Expliquez-nous les enjeux sociétaux et économiques liés au développement d'internet haut débit.

Rien ne se fait ou se fera en terme d'éducation, formation, santé, entreprise/artisanat, vie citoyenne ou encore dans nos démarches administratives sans internet haut débit. Mis à part la mairie et l'école, il n'y a plus aucun service public dans nos villages. Si on veut travailler, s'informer, apprendre, se divertir, c'est par le très haut débit que l'on aura une chance d'avoir des services comme tous les citoyens de ce pays. La télémédecine par exemple, sans internet ne fonctionnera pas. Comment un élève peu- il avoir accès à des ressources en ligne ou encore passer le B2I (brevet informatique et internet)... Sans parler de tous les indépendants, télétravailleurs, commerçants ou TPE qui ont besoin d'internet pour leur activité. Veut-on rayer nos villages de la carte, veut-on rapatrier tout le monde en ville ? Quelle est la vision de l'agglomération ? 

Les prochaines échéances électorales vont être impactées par des réponses à cette problématique du très haut débit. Et ce n'est pas en 2025 qu'il faut du très haut débit, mais dans les 2 ans qui viennent !
 Economiquement, c'est possible si tout le monde se met autour de la table, prend le taureau par les cornes et décide d'avancer, c'est à cette condition que le Jura et la Franche-Comté avanceront ou se dépeupleront. Et ne parlons même plus d'attractivité du territoire sans très haut débit... 


Parlez-nous du nouveau FabLab en création à Champagnole. Et de celui de Biarne, premier

FabLab rural de France, dont vous êtes l'initiateur. Quel est l'intérêt d'une telle structure ? 

Lorsque nous avons lancé le projet de FabLab (Laboratoire de fabrication) en 2010, il n'y en avait pas en France et nous voulions nous inscrire dans un projet innovant. Nous voulions aussi prouver que dans un village de 350 habitants du Jura, on maîtrise les usages du numérique et que l'on peut facilement se placer sur la scène nationale de l'innovation collaborative. Le premier FabLab rural de France a donc été ouvert à Biarne en juin 2012. Nous sommes partenaire des pôles d'innovation microtechniques et Platispolis, nous travaillons avec les lycées, des entreprises locales et nous innovons.  En 2011, Christophe Perny nous avait donné une mission, essaimée. Le FabLab de Champagnole est donc « la première pousse » qui porte à germer, nous aurons sans doute Les Crozets, Conliège, Saint-Claude et encore d'autres en 2014, dans la région il y aura Montbéliard, Morteau, Belfort, Vesoul...  Nous nous retrouverons sous la bannière « FabLab Comtois ». Il y aujourd'hui 250 FabLabs dans le monde, tous en lien via Internet et idéalement via du très haut débit.  

C'est une nouvelle révolution technologique qui se profile à l'horizon ? 

On parle de 3ème révolution industrielle, l'Europe soutient des projets en matière d'entreprise 4.0, c'est-à-dire des entreprises totalement numériques qui reprennent le concept des FabLabs pour fabriquer au plus près des populations et à la demande. Le numérique, les FabLabs, l'industrie numérique seront la clé de notre avenir en Europe, dans le Jura et dans nos villages. Sans internet très haut débit, nous ne pourrons rien faire. 

Enfin, spécialiste des réseaux sociaux que vous êtes, indiquez nous quels peuvent être les intérêts et dangers de Facebook ou d'autres réseaux du même type...

Rien n'est pire ou meilleur sur internet. Les réseaux sociaux ont simplement ouvert des possibles en terme de collaboration, partage de savoir, réduction des distances, inimaginables encore en 1999. Nous sommes dans une ère numérique et même à très haut débit numérique. Comme tout nouveau produit, il faut apprendre à l'utiliser de manière intelligente et ne pas perdre son bon sens.  En France, la nouveauté fait peur. Mais si on prend les choses calmement, avec bon sens, on peut en tirer le meilleur sans risque majeur. C'est d'ailleurs l'une des missions de l'association Net-IKi. 
Contact : www.fablab-net-iki.org ou fablab.netiki@gmail.com 


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