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  • Photo Anaïs Nannini
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La difficile reconstruction de la gauche française

Le Parti Socialiste n’est toujours pas remis en ordre après ses défaites du printemps. Plongé en plein marasme et réduit comme peau de chagrin après les défaites de la présidentielle et des législatives, le parti à la rose s’est doté d’une direction collégiale jusqu’à la tenue de son prochain congrès. Cette armée espagnole, qui compte près d’une trentaine de membres, pose un problème essentiel, commun à tout parti politique, celui de l’incarnation. Sans véritable leader identifié, il est difficile de se faire remarquer des électeurs. Cette absence de leadership explique la « guerre » souterraine qui débute entre le « hollandais » Stéphane Le Foll et les partisans d’un renouvellement générationnel qui pourrait s’incarner autour de Najat Vallaud-Belkacem ou encore de Luc Carvounas pour le poste de premier secrétaire. Trop occupé à préparer la future bataille du congrès, le PS en oublie un second point essentiel au fonctionnement de tous les partis : le corpus idéologique. L’absence de ligne directrice engendre la multiplication de lignes individuelles. Le groupe à l’Assemblé s’est positionné dans l’opposition en votant contre le budget, mais lorsque l’on interroge des élus au cas par cas, ils ne sont pas opposés à l’ensemble des mesures et répondent que ce vote était le seul moyen d’essayer d’exister… Privé d’idées, le PS se retrouve dans une position délicate, renforcée par une fuite des « cerveaux » débutée dès le lendemain de la présidentielle et symbolisée par l’entrée au gouvernement du jeune espoir Olivier Dussopt lors du micro-remaniement qui a suivi la nomination de Christophe Castaner à la présidence de la République en Marche. Le congrès devrait avoir lieux début 2018, mais en se concentrant sur des questions de personnes au lieu d’essayer de réinventer des propositions, le PS risque de se perdre, une fois de plus, en chemin… 

Toujours identifié comme le principal opposant à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon vit lui aussi une période difficile. Alors que le congrès fondateur de la France insoumise (LFI) s’est tenu les 25 et 26 novembre à Clermont-Ferrand, le mouvement est à la recherche d’un second souffle après l’échec des mobilisations contre les ordonnances « travail » et après de nombreuses polémiques. La convention de Clermont a été, pour le candidat malheureux lors de la présidentielle, l’occasion de se remonter le moral et de réaffirmer les nouveaux objectifs électoraux de la France Insoumise. La présence de listes LFI lors des européennes de 2019 a été confirmée, tout en espérant des annulations massives de l’élection de députés LREM par le Conseil Constitutionnel. À défaut d’avoir fait chuter le pouvoir dans la rue, Jean-Luc Mélenchon espère donc le faire trébucher dans les urnes… Cependant, il ne parvient pas (ou ne souhaite pas) à faire entendre de véritables propositions crédibles et prend le risque de s’enfermer dans une opposition systématique. Mouvement « gazeux » et horizontal, LFI va devoir passer le cap de la structuration et des premiers échecs afin de s’inscrire dans la durée dans le paysage politique, certains militants sont sortis dubitatifs de la convention, estimant qu’ils n’était pas de leur ressort de se substituer aux associations. Attention à ne pas louper la marche de la transformation en parti politique…    

Deux gauches irréconciliables ? La théorie de Manuel Valls a resurgi ces dernières semaines, ramenant cette question au premier plan. De Gérard Filoche à Danièle Obono en passant par la controverse qui a opposé la rédaction de Charlie-Hebdo à Edwy Plenel, le débat est plus que jamais d’actualité. Si le PS a sanctionné immédiatement le tweet antisémite de Gérard Filoche, en l’excluant de ses rangs, l’attitude de la France Insoumise est plus ambivalente. Que l’on partage ou pas les opinions de Jean-Luc Mélenchon, il y a en revanche deux points qui font consensus : son attachement viscéral aux principes républicains et son côté « hussard noir de la république » dès qu’il est question de laïcité. Il est donc impossible, pour quiconque, de remettre en cause son attachement à ces valeurs. Partant de ce constat et de ce programme présidentiel, il est d’autant plus troublant de voir la multiplication des prises de position de Danièle Obono sans le moindre rappel à l’ordre. Après avoir soutenu, à de nombreuses reprises, le partie des indigènes de la république (pir) dont les positions sont clairement antisémites, la députée vient de remettre en cause le principe républicain d’égalité, en apportant son soutien à une fédération d’enseignants du syndicat Sud qui organise des ateliers en non-mixité. Embarrassés par les sorties de la députée Insoumise (sic) Jean-Luc Mélenchon et ses proches auront un choix à faire dans les mois à venir, laisser les expressions (très) différentes s’exprimer ou demander un minimum de respect du programme qu’il a défendu…

Dans un paysage politique en pleine recomposition, la gauche a encore du travail. Tiraillée par ses divergences, encore sous le choc de ses échecs ou à la recherche d’un second souffle, elle va devoir apprendre à se recomposer. Le PS est en lambeaux, la France Insoumise à ses prémices, les Verts sont un astre mort et personne ne sait ce que devient le PCF… Ses composantes misent à part, la gauche est traversée par un débat qui peut s’avérer bien plus terrible que l’économie de marché. La laïcité et la résurgence d’une certaine forme d’antisémitisme pourrait faire voler en éclat le fragile équilibre qui se construit et démontrer que s’il existe deux gauches irréconciliables, elles ne l’étaient pas pour les motifs énoncés à l’époque… 



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