Hebdo 39 Dole - Auxonne

Vendanges 2017 : la qualité est là malgré un rendement en baisse

  • André-Jean Morin, un viticulteur raisonnable et sincère.
  • André-Jean Morin, un viticulteur raisonnable et sincère.
Cinq questions à André-Jean Morin, propriétaire-viticulteur à Arbois, domaine de la Tournaize.

André-Jean Morin, les vignes ont souffert du mildiou en 2016, qu’en est-il pour 2017 ?

Le gros problème de l’année, c’est le gel qui a brûlé les bourgeons avec deux nuits à -4 degrés en avril. C’est un phénomène assez rare dans le Jura, la dernière gelée de cette envergure remonte à 1991. Il y a bien sûr des moyens de lutter contre le gel, mais le Jura est rarement si lourdement touché, que nous n’avons pas d’équipement spécifique comme pour le Chablis ou dans la Loire. Une solution pourrait être envisageable : fabriquer nous-même de grosses bougies que l’on pourrait mettre tous les 5 ou 10 mètres dans des parcelles gélives.

 

Des vendanges très précoces cette année ?

Oui, le ban des vendanges est ouvert depuis le 16 août par arrêté préfectoral. Pour ma part, j’ai effectué des prélèvements les 19 et 20 août sur les trousseaux qui sont entre 10,5 et 12 degrés, degrés que l’on a d’habitude au 5 septembre pour vendanger le 20. Mais le sucre n’est pas le seul élément déterminant, la maturité phénolique a son importance aussi, et à ce jour les pépins de raisin restent verts alors qu’ils devraient être bruns. Nous avons donc encore quelques jours devant nous et ne commencerons à vendanger que le lundi 4 septembre. Par contre nous vendangerons les crémants dès la fin août.

 

A combien estimez-vous les pertes ?

J’étais très pessimiste après la gelée jusqu’à il y a un mois. Et puis les raisins ont commencé à rougir un peu et j’ai mieux analysé les dégâts. Pour parler franc, les pinots noirs sont bien et le rendement quasi normal. La catastrophe c’est plus sur les ploussards qui eux n’ont pas gelé, mais comme ce sont des cépages très sensibles, le froid a perturbé la fleur qui a coulé et il ne reste qu’une seule grappe par pied : la production ne sera que de 10 hectos à l’hectare au lieu de 40-45.
Pour les chardonnays, 1/3 de la récolte est perdue. En résumé, globalement, j’ai perdu environ 50 % de ma récolte. Une grosse claque mais malgré tout moins catastrophique que prévu. Bien sûr c’est un peu dur au niveau des stocks : sur les 5 dernières années, nous avons eu 3 petites récoltes en 2012, 2013 et 2014 et 2 moyennes voire correctes en 2015 et 2016 malgré le mildiou. Et on attaque encore avec une petite récolte. Mais j’ai toujours foi dans mon métier dans le sens où l’on dit quand la vigne se repose un an, l’année suivante elle est assez généreuse. J’ai en mémoire une année 1991 désastreuse et une année 1992 superbe.

 

La qualité sera-t-elle là ?

Ce que l’on va rentrer va être très très bon, mais il faut faire attention à ne pas vendanger trop tard. Les raisins trop sucrés sont durs à vinifier. Nous qui sommes en bio n’ajoutons aucun intrant dans nos vinifications et pour cette raison, nous devons vendanger un raisin suffisamment sucré mais qui doit garder une bonne acidité, c’est elle qui tient les vins et leur donne une bonne longueur en bouche. Aussi, même si les raisins sont vendangeables par rapport au degré de sucre, c’est trop tôt par rapport à la maturité globale. Il faut suivre l’adage des Népalais qui dit avant une ascension : il faut se hâter lentement.

 

La traditionnelle fête du Biou approche la grappe sera belle ?

Bien sûr. La récolte étant précoce, la grappe devrait comporter plus de raisins rouges que de blancs. Rappelons que 100 kg de raisins sont nécessaires à sa confection qui aura lieu samedi 2 septembre à la maison Vercel.


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